Un cas particulier : le voyage en Egypte de Maxime du Camp entre 1849 et 1850

 

 

La préparation du voyage

 

            Le voyage en Egypte de Maxime du Camp, que l’on pourrait qualifier d’expédition photographique étant donné les efforts réalisés par le jeune français dans la pratique du négatif sur papier, n’est pas exceptionnel si on le compare aux séjours en Egypte de John Bulkley Greene, Félix Teynard ou Henry Cammas par exemple. Certes, le mérite de Maxime du Camp est d’être, comme on l’a déjà vu, le premier à ramener d’Egypte suffisamment de négatifs sur papier pour réaliser et commercialiser un album important. Pour notre étude, le grand intérêt d’un exemple comme celui de Maxime du Camp est la médiatisation de son voyage en Egypte due en partie à la compagnie de Gustave Flaubert. L’écrivain, s’il n’a jamais pratiqué la photographie, nous est précieux car il fournit quelques informations parmi ses nombreux écrits sur les manipulations photographiques de son compagnon de voyage. Nous avons alors tenté d’en apprendre le plus sur les préparatifs du voyage, le matériel utilisé et sur le procédé que Maxime du Camp a privilégié.

 

            Maxime du Camp naît à Bordeaux en 1822. Orphelin à quinze ans, la fortune d’un père chirurgien lui permet de vivre une jeunesse oisive. Encore étudiant, il rencontre Gustave Flaubert en 1843, avec qui il parcourt la Bretagne et la Touraine en 1847. A la suite de son premier voyage en solitaire en Turquie, en Grèce et en Algérie en 1844, il publie son premier ouvrage en 1848, Souvenirs et paysages d’Orient. Il opte alors pour une carrière d’écrivain et de critique littéraire.[1] En 1844, Maxime du Camp prend également part à la révolution, du côté des insurgés, et se retrouve blessé au pied. Pendant sa longue convalescence, il commence à réfléchir à un voyage dans le Proche-Orient. L’Egypte n’est pas pour déplaire à Gustave Flaubert ; en conversant avec Maxime du Camp, il se souvient peut-être que le 14 septembre 1832, il avait assisté à Rouen au passage du bateau Le Louxor, transportant l’obélisque offerte à la France par Muhammad ‘Ali.[2] De plus, les milieux artistiques et littéraires des années 1840 font preuve d’un engouement certain pour l’Orient. Dans une lettre adressée à l’écrivain, Maxime du Camp lui propose les charmes d’un hypothétique voyage :

 

« Que ce serait doux, cher ami, de voyager avec toi. Montés sur nos chevaux, nos armes à la ceinture, à l’ombre de quelque caroubier, voir passer au loin les graves chameaux conduits par l’âne au grelot sonore ; au ciel quelque vol de cigognes, et dans l’herbe, à nos pieds, le bruissement des tortues et des couleuvres. Tu vois, mon cher, qu’il y a longtemps que cette idée me tourmente : un jour, peut-être, n’est-ce pas ? (…) Avec 50000 fr[ancs] et de la raison, nous pouvons voyager pendant quatre ans. »[3]

           

On comprend donc que la décision de réaliser un grand voyage en Orient est très précoce dans l’esprit de Maxime du Camp, et remonte à plusieurs années avant son véritable départ. Le jeune homme fait d’ailleurs part d’un grand zèle dans la préparation tant matérielle qu’intellectuelle de son voyage.[4] A son époque, les guides de voyage n’existent pas encore, mais depuis l’expédition d’Egypte et les découvertes archéologiques du début du XIXe siècle, une bibliographie précise s’est formée au fur et à mesure sur le pays des pharaons.[5] Dans les manuscrits de Maxime du Camp, on trouve des résumés entiers de plusieurs ouvrages, dont les auteurs sont Strabon, Plutarque, Volney, Chateaubriand, Ampère, Saulcy, Rousseau, Ritter, d’Anville ou Champollion.[6] Méticuleux, Maxime du Camp a même réalisé une table des matières de ses notes. Il fréquente la Société orientale de Paris, et est nommé titulaire le 14 août 1849. Il y côtoie notamment l’avocat Audiffred ou Hector Horeau, ayant tous deux parcouru l’Egypte.[7]

             

Concernant la photographie, on ne sait pas comment Maxime du Camp prend connaissance du procédé de négatif sur papier, que Louis-Désiré Blanquart-Evrard introduit véritablement en France en 1847. Mais il comprend rapidement l’intérêt de ramener des photographies de son futur voyage en Orient. Il se décide alors : « j’entrai donc en apprentissage chez un photographe et je me mis à manipuler les produits chimiques. »[8] Dans une lettre envoyée à La Lumière, le jeune homme indique que le photographe parisien n’est autre que Gustave Le Gray.[9] Maxime du Camp énumère dans une précieuse lettre adressée à Flaubert le matériel qu’il a acheté pour le voyage et déjà envoyé à Marseille. Une partie ou l’intégralité de ce matériel a été acheté à Paris, au Bazar du voyage[10] :

 

            « Samedi matin sont partis pour Marseille par le roulage deux caisses pesant

310 kilos et contenant =

nos deux selles ;

la selle de Sasseti.

Doubles étrivières, doubles sangles, croupières, porte-manteaux

etc. etc.

nos quatre paires de bottes –

trois lits.

Quatre pliants.

Le bidon de cuisine –

une cantine contenant, la pharmacie, la boîte à outils, d[e]ux

tabatières à musique, deux boîtes à vivre –

la grande tente –

la petite tente à photographie.

La table

deux haches de campement.

2 sceaux en toile –

15 canifs

15 paires de ciseaux (destinés à de petits cadeaux)

Tout cela sera à Marseille le 24 et // attendra notre arrivée – à

raison de 24 fr[ancs], les 100 kilos, p[ou]r le transport.

Tout le reste est prêt et n’attend que nous, sauf mon appareil

que j’aurai sans faute lundi prochain.

Ce matin j’ai eu une audience du secrét[ai]re g[énéra]l du Com –

merce, on rédige tes instructions = J’ai demandé que la mission

te soit spécialement et nominativement donnée – je dois la recevoir sous peu de jours. »[11]

 

            La prévoyance de Maxime du Camp est suffisamment grande pour que le jeune homme pense à acheter des lits de camp. Le fait d’emporter avec lui une tente à photographie accrédite la thèse d’un procédé de négatif sur papier utilisé humide. Quant à l’indication sur la chambre photographique, elle prouve que Maxime du Camp n’a pas pu se familiariser en France avec cet instrument, puisqu’il ne l’a obtenu que quelques jours avant son départ de Paris, le 29 octobre 1849. Le retard de livraison de l’appareil peut s’expliquer par sa spécificité : Maxime du Camp le fait renforcer par l’ajout de baguettes de cuivre, comme nous l’avons déjà évoqué. Le photographe indique également qu’il utilise un objectif simple de Lerebours.[12] A cette liste, on peut assurément ajouter un petit alambic, car Maxime du Camp nous indique que Louis Sasseti distille de l’eau et lave les bassines tandis qu’il opère.[13]  

Claire Bustarret mentionne dans sa thèse universitaire une autre liste de fournitures diverses dressée probablement par Maxime du Camp.[14] Cette liste se trouve dans les carnets de voyage manuscrits de Gustave Flaubert, que nous avons consulté. Le premier carnet du voyage en Orient de l’écrivain comporte en notes de fin six pages de matériel divers ; nous reprenons ici le matériel intéressant pour notre étude, c’est à dire en rapport à la photographie, disséminé aléatoirement à travers la liste et que nous avons pu déchiffrer :

 

« I »     [p. 82] : boîtes à outil, ciseaux

« II »    [p. 82] : 9 kg d’hyposulfite de soude, cire vierge, ciseaux photographiques, thermomètre, fer à repasser, miroir

« III »   [p. 82] : eau distillée

« IV »  [p. 80-81] : papier positif, papier négatif, papier à filtrer, pierre à repasser, boîte à produits chimiques, plateaux, deux mains de papier à filtrer[15]

 

            Cette seconde liste sera importante pour nous aider à déterminer le procédé photographique utilisé par Maxime du Camp en Egypte. Outre le matériel, l’apprenti photographe décide de partir accompagné d’un domestique, Louis Sasseti, « corse d’origine, ancien dragon (…), homme dévoué sur lequel je pouvais compter dans les circonstances difficiles »,[16] car il n’a pas confiance dans la santé fragile de Flaubert. Mais le vigoureux homme va également servir de laborantin au photographe.

 

Dans un objectif de médiatisation de son voyage, Maxime du Camp fait une demande de mission le 8 octobre 1849 à l’Académie des Inscriptions et belles-lettres, qui la transmet comme de coutume au ministère de l’Instruction publique ; le 20 octobre, celle-ci est acceptée.[17] Le jeune homme est alors chargé d’une mission gratuite, c’est à dire qu’il ne dispose d’aucun budget de la part du ministère ; cependant, son aisance financière ne le pousse guère à chercher à obtenir de l’argent. Un extrait du rapport de la commission de l’Académie des Inscriptions chargée des instructions de Maxime du Camp montre que les objectifs photographiques du jeune homme sont peu précis : « en demandant des instructions destinées à le guider dans le voyage qu’il va entreprendre, M. Maxime du Camp annonce à l’Académie qu’il part muni d’un appareil (de photographie) pour recueillir sur sa route, à l’aide de ce mode merveilleux de reproduction, les vues des monuments et les copies des inscriptions. L’assistance de ce nouveau compagnon, habile, prompt et toujours scrupuleusement fidèle, peut donner aux résultats de M. du Camp un caractère particulier et une grande importance. »[18] Certes, à la suite de cet extrait, la commission fournit un grand nombre de recommandations au photographe, indiquant les sites et monuments dont la reproduction est digne d’intérêt. Elle conseille également à Maxime du Camp de réaliser des estampages. Cependant, la description écrite de la mission scientifique que lui accorde le ministère de l’Instruction publique est très lapidaire ; son objet est « d’explorer les antiquités, de recueillir les traditions, de relever les inscriptions et les sculptures et d’étudier l’histoire dans les monuments. »[19]

Quant à Gustave Flaubert, son ami réussit à lui fournir des instructions du ministère du Commerce : l’écrivain sera chargé de collecter des informations sur les importations et exportations de marchandises en Egypte, une charge dont il ne s’acquittera que très rarement sur place.

 

Les deux hommes quittent enfin Paris le 29 octobre 1849. Le voyage jusqu’à Marseille n’est pas de tout repos : la liaison ferroviaire directe n’existe pas encore, et du Camp et Flaubert prennent successivement une diligence jusqu’à Fontainebleau, le train jusqu’à Châlon-sur-Saône, un bateau à vapeur jusqu’à Lyon, l’un des bateaux du Rhône jusqu’à Valence, une autre diligence jusqu’à Avignon, et finalement le chemin de fer d’Avignon à Marseille. Cette traversée éprouvante de la France dure finalement trois jours.[20]

Les deux amis quittent Marseille le 4 novembre 1849 au matin à bord du Nil, un paquebot à roues de 250 chevaux des Messageries nationales à destination d’Alexandrie et faisant escale à l’île de Malte. La traversée jusqu’à Malte est relativement clémente ; cependant, en quittant l’île, le Nil  est pris dans une tempête et l’équipage est contraint de faire demi-tour. Flaubert note dans ses carnets : « coups de gouvernail comme des coups de canon, montées et redescentes de la cabine sur le pont, du pont dans la cabine – enveloppé dans ma pelisse et couché sur le banc de tribord les nuages me pesaient sur la poitrine (…) ».[21] La seconde tentative est la bonne, mais la mer est tout aussi démontée : « le quart ne peut tenir debout tout pète craque et tremble. Une écoute se casse (…) j’essay – de me coucher partout (…) le bateau s’enfonce de tribord à chaque lame et se relève furieusement (…)[22] Le 15 novembre 1849, Maxime du Camp et Gustave Flaubert arrivent enfin à Alexandrie, à bord d’un bateau assez endommagé[23] : « Lorsque nous débarquâmes en Egypte, nous sentîmes que nous entrions dans un autre monde, dans le vieux monde des pharaons, des pragides et des kalifes. »[24]

 

Manipulations photographiques quotidiennes sous le soleil égyptien

 

Dans ses Souvenirs littéraires, Maxime du Camp déforme peut-être la vérité en écrivant : « je prends des épreuves photographiques de toute ruine, de tout monument, de tout paysage que je trouve intéressants ; je relève le plan de tous les temples et je fais estampage de tout bas-relief important »[25] S’il privilégie la pratique photographique, l’estampage n’est pas sa distraction favorite, et il délègue souvent cette corvée à un homme d’équipage de la dahabieh ou même parfois à Gustave Flaubert. Quant aux plans des temples, nous n’en avons aucune trace. Les Souvenirs comportent également un passage bien connu sur l’expérience photographique de son auteur. Maxime du Camp écrit au début des années 1880 :

 

« La photographie n’était pas alors ce qu’elle est devenue ; il n’était question ni de glace, ni de collodion, ni de fixage rapide, ni d’opération instantanée. Nous en étions encore au procédé du papier humide, procédé long, méticuleux, qui exigeait une grande adresse de main et plus de quarante minutes pour mener une épreuve négative à résultat complet. Quelle que fût la force des produits chimiques et de l’objectif employés, il fallait au moins deux minutes de pose pour obtenir une image, même dans les conditions de lumière les plus favorables. Si lent qui fût ce procédé, il constituait un progrès extraordinaire sur la plaque daguerrienne, qui présentait les objets en sens inverse, que les « luisants » métalliques empêchaient souvent de distinguer. Apprendre la photographie, c’est peu de chose ; mais transporter l’outillage à dos de mulet, à dos de chameau, à dos d’homme, c’était un problème difficile. A cette époque, les vases en gutta-percha étaient inconnus ; j’en étais réduit aux fioles de verre, aux flacons de cristal, aux bassines de porcelaine, qu’un accident pouvait mettre en pièces. Je fis faire des écrins, comme pour les diamants de la couronne, et, malgré les heurts inséparables d’une série de transbordements, je réussis à ne rien casser et à rapporter le premier en Europe l’épreuve photographique de monuments que j’ai rencontrés sur ma route en Orient. »[26]

 

            Sans surprise, Maxime du Camp insiste sur les inconvénients du daguerréotype, afin de mettre en valeur les photographies ramenées de son voyage. Si la préparation et le développement d’un négatif sur papier sont deux opérations effectivement longues et contraignantes, le photographe omet d’indiquer que le procédé au collodion humide est tout aussi pénible. Quant aux écrins qu’il fit faire, ils nous rappellent les récipients doublés d’une couche de liège de Francis Frith.  

 

Les carnets manuscrits de voyage de Maxime du Camp nous en apprennent très peu sur ses activités photographiques. Manifestement trop accaparé par les prises de vue et la préparation des négatifs, il ne note qu’à de rares moments qu’il photographie.[27] Cependant, trois phrases nous apprennent qu’il opère en général le matin, en se réveillant très tôt, et qu’il ne se donne pas beaucoup de peine pour transporter tout son matériel :

« Pendant que je suis parti opérer, suivi de quatre Bédouins qui portent mes appareils, on abat la tente et à 11 heures moins un quart nous montons en selle. »[28]

            « A 6 heures et demi parti à âne, suivi de chameaux portant la tente et mes appareils – opéré jusqu’à 4 heures – (…) »[29]

            « Partis en canot à 6 heures du matin avec Mohammed pour aller opérer. Sur […] je fais poser mes appareils. »[30]

 

            Maxime du Camp réalise peu de prises de vue à l’aller de son voyage ; le 25 mars 1850, lui et Flaubert sont à la seconde cataracte et seulement 53 négatifs sur papier ont été exposés. La remontée du Nil est plus studieuse. L’écrivain est même sollicité, ce qui ne lui plaît qu’à moitié : « j’ai les doigts noircis de nitrate d’argent, pour avoir aidé mon associé, hier à Erment, dans ses travaux photographiques. »[31] Le 19 juin 1850, de retour en Basse-Egypte, le photographe comptabilise 189 négatifs.[32]

Il prépare ses solutions plutôt le soir : « j’entends derrière le refend le jeune Maxime qui fait ses dosages photographiques les muets sont là haut qui dorment à savoir Sasseti et le drogman (…) »[33] Flaubert note d’ailleurs dans son carnet de voyage au début de leur séjour : « Alexandrie. (…) Hôtel d’Orient. Vendredi soir (…) Max vient de finir ses dosages photographiques. »[34]  Le domestique Sasseti est chargé des manipulations répétitives. Maxime du Camp écrit : « c'est grâce à son aide que j' ai pu mener à bonne fin les travaux photographiques que j' avais entrepris. Il distillait l' eau et lavait les bassines pendant que je me livrais seul à cette fatigante besogne de faire les épreuves négatives. Si plus tard mon âme est damnée, ce sera en punition des colères, des irritations, des fureurs que m' a causées la photographie, qui était loin, à cette époque, d' avoir des procédés aussi simples et aussi expéditifs que ceux qu' elle possède aujourd’hui. »[35] Au contraire d’Auguste Bartholdi, Maxime du Camp a donc emporté un alambic, ce qui lui a permis de ne jamais être à court d’eau distillée. Au début du voyage à Alexandrie, Flaubert ou Sasseti accompagne le photographe pour ses premières prises de vue : « Max photographie avec Sasseti, je suis seul dans ma chambre qui donne sur la grande place d’Alexandrie (…) On nous donne des soldats afin d’écarter la foule lorsque nous sommes à photographier. J’espère que c’est chic. »[36]

            Comme on l’observe sur les photographies de Maxime du Camp, il fait souvent poser un égyptien originaire de Nubie, Hadji-Ismaël. Pour que celui-ci reste immobile plus de deux minutes, le photographe utilise un subterfuge qui montre bien le fossé entre les cultures occidentales et arabes au XIXe siècle : « toutes les fois que j' allais visiter des monuments, je faisais apporter avec moi mes appareils de photographie et j' emmenais un de mes matelots nommé Hadji-Ismaël. C' était un fort beau nubien ; je l' envoyais grimper sur les ruines que je voulais reproduire, et j' obtenais ainsi une échelle de proportion toujours exacte. La grande difficulté avait été de le faire tenir parfaitement immobile pendant que j' opérais, et j' y étais arrivé à l' aide d' une supercherie assez baroque qui te fera comprendre, cher Théophile, la naïveté crédule de ces pauvres arabes. Je lui avais dit que le tuyau en cuivre de mon objectif saillant hors de la chambre noire était un canon qui éclaterait en mitrailles s' il avait le malheur de remuer pendant que je le dirigeais de son côté ; Hadji-Ismaël persuadé, ne bougeait pas plus qu' un terme ; tu as pu t' en convaincre en feuilletant mes épreuves. »[37]

 

 

 

Figure 22. Maxime du Camp. Thèbes. Colosse de Memnon (détail). Présence de Hadji-Ismaël (1850).

 

 

Source : Jean-Claude Simoën, op. cit., p. 99.

 

Cependant, à Abou Simbel, Maxime du Camp fait poser Louis Sasseti devant les deux célèbres temples, et non le jeune nubien.[38]

 

            De retour en France, Gustave Flaubert a écrit une parodie en prose rythmée, Le chant de la courtisane qui, si elle se moque délicatement de Maxime du camp, nous renseigne beaucoup sur le déroulement d’une prise de vue :

 

            «  La tente est fermée – les fellahs sont autour – (…).[39] Comme la balle sort du fusil (…), tu t’élances, portant sous ton bras gauche quelque chose de carré dans un voile noir.[40] Pourquoi regardes-tu dans cette boîte jaune que portent sur leur cou tes matelots haletants ?[41]

(…) je t’aperçois au loin, enfermant ta tête sous un linceul noir. Il me semble que tu vas te décapiter là-dedans.[42] Puis tu te redresses comme un palmier et tu pousses du doigt quelque chose sur un verre (…) »[43]

 

            La pratique photographique de Maxime du Camp est donc relativement bien documentée, dès lors que l’on rassemble les multiples informations de l’opérateur et de son compagnon Flaubert. Concernant ce dernier, nous avons été intrigué par une phrase que l’écrivain inscrit le 9 décembre 1849 dans son carnet de voyage n°4 : « Dimanche. – matinée froide passée à la photographie. Je pose au s[omme]t de la pyramide qui est au pied de la g[ran]de pyramide. »[44] L’information de cette phrase est d’ailleurs reprise dans l’édition intégrale du Voyage en Egypte de Flaubert, publiée en 1991.[45] Nous étions curieux de savoir s’il existait une autre photographie de l’écrivain en Egypte que le célèbre cliché pris au Caire le 9 janvier 1850 et représentant Flaubert dans les jardins de l’hôtel du Nil. Nous avons observé les 214 épreuves positives[46] que Maxime du Camp a fait réaliser de retour en France, représentant les tirages de l’intégralité des négatifs papier. Cependant, aucune présence humaine n’est discernable sur les quatre tirages où l’on observe des pyramides, dont seule une image a été publiée dans l’album de Gide et Baudry. 

            Quelques autres notes de Gustave Flaubert sont dignes d’intérêt. Concernant la descente du Nil, il écrit : « de temps à autres une cange qui descend – presque toujours un anglais. effet triste. – on se regarde passer sans rien dire. »[47] Maxime du Camp photographiant, l’écrivain visite seul les temples la matinée, ce qui semble lui peser au bout de quelques semaines : « les temples égyptiens m’embêtent profondément – est-ce que ça va devenir comme les églises en Bretagne et comme les cascades dans les Pyrénées ? ô la réussite ! Faire ce qu’il faut faire ! être comme un jeune homme comme un voyageur (etc en poussant cela à l’infini) doit être ! »[48] Le soir du 31 mars 1850, les deux hommes sont à Ibrim, où le photographe réalise deux clichés. « Pendant que Max était à faire d’en bas une épreuve de la forteresse j’y suis monté, lentement, par le flanc de la montagne (…) »[49] De la même manière, les deux épreuves positives ne recèlent aucune présence de Gustave Flaubert. Selon Michel Dewachter, le personnage figurant sur l’une des dernières épreuves réalisées par Maxime du Camp à Baalbeck en septembre 1850 n’est pas Gustave Flaubert, contrairement à l’opinion d’André Jammes.[50] 

    

L’aventure photographique de Maxime du Camp se termine à Beyrouth. Le jeune homme, satisfait d’avoir réalisé une importante collection de 214 négatifs, est cependant excédé par les contraintes de la photographie sur papier. Dans une lettre d’octobre 1850, Gustave Flaubert écrit à sa mère que « Maxime a lâché la photographie à Beyrouth. Il l’a cédée à un amateur frénétique : en échange des appareils, nous avons acquis de quoi nous faire à chacun un divan comme les rois n’en ont pas : dix pieds de laine et soie brodée d’or. Je crois que ce sera chic ! »[51] L’amateur éclairé est probablement le français Camille Rogier, peintre orientaliste mineur, installé à Beyrouth depuis 1848, ancien daguerréotypiste et ami de Gérard de Nerval.[52] L’une des seules péripéties du voyage est l’embuscade dont sont peut-être victimes du Camp et Flaubert, en revenant de Jéricho à Jérusalem au cours de l’été 1850. Selon Nir Yeshayahu, ils réussissent à faire fuir leurs agresseurs en tirant plusieurs coups de feu.[53] Cependant, nous n’avons trouvé aucune trace de cette escarmouche dans les manuscrits de Maxime du Camp.

 

Tentative de détermination du procédé photographique utilisé par du Camp

 

            Un an après son retour d’Orient, Maxime du Camp envoie la lettre suivante à La Lumière, pour répondre à la curiosité des photographes de l’époque :

 

                        « Monsieur le rédacteur,

Depuis que mes épreuves sont mises en publication, beaucoup de personnes me demandent par quels procédés et à l’aide de quels appareils je les ai obtenues. Veuillez, je vous prie, me permettre d’emprunter la publicité de votre Journal pour répondre une fois pour toutes à ces questions.

Je suis parti en octobre 1849, après avoir pris quelques leçons chez M. Gustave Le Gray ; j’emportai du papier préparé par la méthode qu’il suivait alors.

Ce papier, qui donnait de fort beaux résultats entre les mains de M. Gustave Le Gray, n'en obtint aucun entre mes mains. - Etait-ce inhabilité de ma part ? - Etait-ce que les préparations chimiques s'étaient affaiblies à la température élevée de l'Egypte ? - Je ne sais. - Mes premières épreuves furent mauvaises, et je désespérais d'en obtenir de bonnes, lorsque le hasard me fit rencontrer au Caire M. de Lagrange, qui se rendait aux Indes, muni d'appareils photographiques. Il employait le procédé tout nouveau alors de M. Blanquart-Evrard ; il voulut bien me le communiquer, et je me résolus à l'employer. Je soumis donc tout le papier déjà préparé par M. Le Gray à un bain composé de :

Albumine                    250 grammes

Iodure de potassium   12 grammes

De ce moment, mes épreuves sont devenues ce que vous les connaissez.

Néanmoins, je vous dirai que, sauf à Jérusalem et à Baalbeck, j’ai toujours opéré avec du papier humide.

Je fixais mes négatifs dans un bain saturé d’hyposulfite de soude. (…)

Le papier que j'employais de préférence était du vieux canson ou du petit wathman."[54]  

 

            L’identification du procédé utilisé par Gustave Le Gray en 1849, que Maxime du Camp évoque, est délicate. Le célèbre photographe publie un premier traité en 1850, dans lequel il fournit une méthode humide de préparation de négatifs sur papier sans cirage préalable des feuilles.[55] On pourrait donc penser que Maxime du Camp utilise ce procédé, dont Le Gray lui a donné les formulations en 1849. Cependant, nous avons vu que le jeune photographe emporte avec lui de la cire vierge, un fer à repasser et une « pierre à repasser », ce qui évoquerait plutôt le procédé du papier ciré sec de Le Gray, que le photographe publie en 1851 (mais qu’il expérimente bien avant).[56]

            Nous pensons pourtant que l’hypothèse du procédé humide et non ciré avant traitement est la plus plausible, car d’une part Gustave Le Gray n’a pas encore mis entièrement au point son procédé du papier ciré sec en 1849, et d’autre part le cirage du négatif après exposition et développement est une étape habituelle dans la création d’un négatif sur papier, conçue par Henry Fox Talbot afin d’augmenter la transparence du négatif avant son tirage et également incluse dans le procédé Le Gray de 1850.[57] Par ailleurs, comme nous l’avons vu, Maxime du Camp emporte dans ses bagages une tente photographique, ce qui indique qu’il a l’intention d’utiliser dès le départ un procédé humide de Le Gray.

            Le procédé utilisé par notre photographe en Egypte est alors plus simple à déterminer. Le procédé humide à l’albumine de Blanquart-Evrard, évoqué dans l’article de La Lumière, a été publié en 1851 avec trois autres procédés humides dont l’ioduration diffère (papier à l’iodure de potassium, papier au sérum, papier à l’albumine et papier au bromure d’iode).[58] Blanquart-Evrard indique d’ajouter 30 gouttes de iodure de potassium et 2 gouttes de bromure de potassium à chaque blanc d’œuf. Quant à l’ioduration de Le Gray, elle comporte en plus l’ajout du chlorure de sodium et un encollage à la colle de poisson. Le reste du traitement du négatif est identique pour les deux procédés, exceptée le fixage au bromure de potassium de Blanquart-Evrard. Nous pouvons alors proposer le protocole suivant :

 

Tableau 8. Formulations possibles du procédé humide de négatif sur papier utilisé par du Camp.

 

Etapes

Produits utilisés

Méthode d'enduction

 

Ioduration

Eau distillée

Colle de poisson

Albumine (blanc d’œufs) 250g

Iodure de potassium 12g

 

Immersion

pendant 2 minutes

 

Sensibilisation

Eau distillée

Nitrate d'argent cristallisé

Acide acétique cristallisable

Par application sur une plaque de verre enduite avec la solution, du côté ioduré, ou bien par flottaison

Exposition

La feuille est placée entre deux glaces de verre humidifiées qui assurent une bonne planéité[59]

Développement

Solution saturée

d'acide gallique

Par immersion

Fixage

Eau

Hyposulfite de soude en grains

Par immersion, 1/2 heure à 3/4 d'heure

Lavage

Eau

A grande eau

 

Cirage

 

 

Cire vierge

Par chauffage de la cire au fer et repassage entre papiers buvard sur la pierre à repasser

 

D’après : Indications de Maxime du Camp, confrontées aux formulations du procédé humide à l’albumine de Blanquart-Evrard de 1851 et du procédé humide de Gustave Le Gray de 1850 (in Nicolas Le Guern, op. cit., p. 23 et 39).

 

            De toutes ces opérations, seule la sensibilisation doit se faire obligatoirement sous la tente, peu avant la prise de vue. On peut développer le négatif après exposition, mais cela n’est pas obligatoire. La manipulation des plaques de verre – ou « plateaux » - semblent un des éléments les plus délicats du procédé de Maxime du Camp. Gustave Flaubert écrit : « Nous partons p[ou]r la haute Egypte dès que Max aura reçu des glaces (p[ou]r sa photographie) qu’il attend d’Alexandrie. »[60] Du Camp a vraisemblablement cassé ses plaques, ou bien elles ne sont plus assez propres pour qu’il s’en serve lors de la sensibilisation et de l’exposition du négatif sur papier. Les nouvelles glaces se trouvent peut-être dans le colis que le photographe évoque dans Le Nil : « cependant je ne pouvais partir, j’avais envoyé un courrier chercher au Kaire une caisse que j’attendais de France et dont je pouvais avoir besoin (…) »[61] Enfin, une indication de Flaubert montre que la question de la propreté des plaques est primordiale : « la photographie absorbe et consume les jours de Max. Il réussit mais se désespère à chaque fois que rate une épreuve ou qu’un plateau est mal nettoyé. »[62] 

 

            Un examen des négatifs sur papier de Maxime du Camp serait intéressant pour confirmer notre hypothèse des formulations utilisées par le photographe, mais également pour distinguer les défauts et les problèmes qu’il a rencontrés (mauvaise imprégnation de la cire, formation inégale du dépôt argentique dans les fibres du papier, traces d’acéto-nitrate d’argent dues à une mauvaise sensibilisation etc.). Cependant, ces documents ne sont pas communicables à la bibliothèque de l’Institut, et nous ne pouvons que rapporter la description des négatifs fournie par Claire Bustarret :

 

            « Les 214 négatifs sur papier rangés un à un (sauf exceptions) dans des chemises de vélin beige portant numéros et légendes autographes, sont conservés dans les boîtes d’origine, reliées à la façon de deux épais volumes. Les clichés d’environ 17 x 22 cm, paraissent en bon état hormis les coins souvent troués, pliés ou déchirés. Une couche (parfois recto et verso) d’encre de Chine assure la netteté des ciels, les retouches fines sont fort nombreuses ; un enduit d’albumine souligne des détails, fait ressortir certains plans – l’imprégnation et la translucidité étant remarquables (sauf clichés 1 à 7). Les bords laissent apparaître la marque du châssis ; plusieurs négatifs flous ou voilés sont conservés, mais assez rares pour prouver qu’une sélection au cours des prises de vue éliminait les clichés « ratés ».

(…) Le n°40 est l’unique cliché daté et signé. (…) Deux négatifs (n°20 et 214) portent respectivement les annotations « à supr » et « à sup./ à remplacer par une plaque » - le premier ayant été effectivement remplacé par une reproduction d’après Rochas (…), tracées de la main, que l’on pourrait de ce fait identifier avec une intervention sélective et technique en vue de la publication (celle de Blanquart-Evrard, peut-être ?) »[63]            

 

Quant aux épreuves positives des 214 négatifs sur papier, elles nous renseignent quelque peu sur l’état des négatifs, même si les interprétations doivent être réalisées avec prudence. Les premières images de Maxime du Camp sont parfois dédoublées (clichés 8 et 9, 10 et 11), ce qui montre l’insatisfaction du photographe ou bien son désir de comparer des formulations différentes. De manière générale, les images avant le cliché 60 ont un aspect granuleux, avec un grain argentique important (cliché 15, 17, 34 etc.). Ceci est peut-être dû à une mauvaise formation de la couche argentique dans le papier du négatif. Parfois, des tâches sur le tirage évoque un problème de cirage sur le négatif (cliché 18, 36, 37 etc.). On observe un flou de bougé sur le cliché 69, pris à Louqsor le 3 mai 1850.[64]  

 

 

La finalité du reportage photographique chez du Camp : la reconnaissance de ses contemporains

 

            Pour rentrer en France, Gustave Flaubert et Maxime du Camp transitent par Rome. C’est là que le photographe confie quelques-uns de ses négatifs à Nicolas Normand, pris de Rome en 1846 et premier pensionnaire de la villa Médicis, afin qu’il en réalise des tirages sur papier salé.[65] C’est donc à Rome que Maxime du Camp observe pour la première fois la transcription positive de ses négatifs, exécutés il y a déjà de longs mois.[66]

            La renommée du jeune photographe est alors graduelle ; après une sélection des prises de vue et un nouvel ordre de numérotation, Maxime du Camp et ses éditeurs décident de publier 125 photographies sous la forme d’un album et également de planches périodiques.[67] Le jeune homme, insatisfait de quelques-unes de ses photographies, réalise des contretypes de trois daguerréotypes d’Egypte du photographe Aimé Rochas, rencontré au Caire le mardi 25 juin 1850 à l’hôtel du Nil.[68] Il note en mai 1851 : « quant à mes épreuves, elles font fureur et révolution = La Société héliographique a nommé une commission pour les examiner : on me les demande au ministère etc. etc. = ça pourrait devenir bon. »[69] Afin de médiatiser la nouvelle publication, les éditeurs Gide et Baudry décident de diffuser une livraison spécimen dans les librairies et les commerces de photographie : celle-ci comporte cinq tirages réalisés par Blanquart-Evrard[70] (un naos à Baalbeck, le temple hypêtre de Philae, des palmiers doums de Haute-Egypte, des propylées à Thèbes et un colosse d’Abou Simbel). Pour attirer les acheteurs potentiels, une tables des 125 planches est incluse, ainsi que le texte suivant :

 

            « L’ouvrage que nous annonçons a le double intérêt d’une publication archéologique et daguerrienne, pittoresque et savante. Malgré leur intelligence et leur habileté naturelle, les graveurs et les lithographes ont été impuissants jusqu’ici à reproduire les monuments avec une exacte fidélité. Le daguerréotype[71] seul réussit à les traduire dans leurs plus minces détails, tout en conservant l’aspect général de l’ensemble. Il saisit la nature morte avec une passiveté scrupuleuse, tandis que l’artiste peut égarer son observation et déranger le vrai en y substituant sa volonté ou ses effets ; substitution qui a le danger grave d’altérer les textes et d’égarer les discussions. (…)

Les 125 planches, choisies avec un soin exquis, une conscience particulière, sont, nous osons le dire, irréprochables au point de vue de l’exécution. Toute planche imparfaite a été éliminée pour faire de ce volume une œuvre unique, rare, achevée : aucun sacrifice ne nous a coûté pour atteindre ce but. (…)

La modicité du prix nous a surtout préoccupés. Désireux de mettre une pareille publication à la portée de toutes les curiosités, nous nous sommes adressés à M. Blanquart-Evrard, dont les nouveaux et remarquables procédés permettent d’obtenir pour chaque dessin des épreuves peu coûteuses. Un texte explicatif, rédigé par M. Du Camp, sera annexé à chaque planche. (…)

Cette publication comprendra 25 livraisons, de 5 planches chacune, et qui paraîtront régulièrement chaque semaine ; elle sera entièrement terminée au mois d’octobre 1852. Prix de la livraison : 20 francs. Les planches pourront être achetées séparément au prix de 5 francs.  »[72]  

 

            Bien avant la publication de l’ouvrage de du Camp, on  peut constater l’engouement progressif des journalistes de la revue hebdomadaire La Lumière. Louis-Auguste Martin note : « la séance est terminée par une communication intéressante de M. Maxime du Camp, qui annonce à la Société son retour d’un voyage en Syrie, d’où il a rapporté un grand nombre d’épreuves photographiques négatives, dont il prie les membres de venir prendre connaissance chez lui. C’est une collection précieuse de monuments, de têtes, qui pourra servir à quelque grand ouvrage d’histoire, d’archéologie et de géographie concernant cette belle contrée de l’Orient, où des érudits ont placé le berceau du genre humain. »[73] Si Martin se trompe quelque peu dans la localisation du voyage, il se rattrape trois semaines plus tard : « cette collection, dont nous avons déjà parlé, sera du plus grand prix pour les historiens, les antiquaires et les géologues eux-mêmes. Ce n’est pas le dessin ni le calque plus ou moins fidèle d’un monument, d’un site remarquable, c’est le monument, c’est le site lui-même que l’on voit, que l’on touche dans ses moindres détails. Tous les débris de l’antique Egypte et de la Syrie sont là, tels que le temps et les hommes nous les ont laissés. Il eût été impossible au crayon le plus habile de les reproduire avec cette exactitude, qui va désormais devenir indispensable au genre d’études que de telles reproductions ont pour objet. »[74]

            A la fin du mois de juin 1851, Maxime du Camp n’a pas encore fait tirer tous ces négatifs.[75] En septembre 1851, Francis Wey publie un article élogieux pour l’apprenti photographe :  

 

            « C’est une bonne fortune pour nous que de rencontrer, sur le terrain de la photographie, M. Maxime Du Camp, un véritable littérateur, un amant passionné des lointains paysages, un des esprits les plus indépendants de notre bourgeoise époque. Ce n’est pas que M. Du Camp nous fournisse une occasion de disserter sur des perfectionnements nouveaux, d’examiner la question des objectifs, ou de traiter à fond les propriétés des bromures, des iodures ou des nitrates. A vrai dire, notre auteur est aussi peu préoccupé des expériences de physique, de chimie, qu’il l’était, en 1848, de la question d’Orient ou du commerce anglo-américain, alors que, sans s’émouvoir du bruit de la révolution de Février, il publiait avec un calme parfait les Souvenirs et paysages d’Orient. (…)

            Seulement, afin de pouvoir être, en ce troisième voyage, paresseux sans remords, fidèle historien, sans emporter un mètre, ni un baromètre, ni des boussoles d’inclinaison ; glaneur d’hiéroglyphes sans tomber dans la pédanterie, et conteur de merveilles sans être suspect d’exagérer, M. Maxime Du Camp a emporté un daguerréotype avec deux ou trois rames de papier.

            Donc, il a fait de la photographie par circonstance, et comme il voyage en amateur (expression qui remplacera bientôt le mot artiste, qui tend à s’effacer devant le métier ou la profession), il a, pour contenter sa fantaisie, soutenu des fatigues et bravé des dangers qu’un homme spécial n’affronterait qu’à un prix très-élevé. (…)

            De ces épreuves, les moindres ont la valeur d’un fidèle croquis ; celles-là sont en petit nombre ; les autres, - près des trois quarts de l’album, sont de très-bonnes estampes, fort bien tirées, toujours nettes ; et, sur la quantité, nous en avons remarqué environ vingt-cinq qui approche du fini minutieux des clichés sur verre. M. Du Camp, (…), a choisi ses points de vue avec sagacité ; ses tableaux sont bien composés, et il a su concilier l’intérêt et le charme pittoresques, avec les exigences de la réalité indispensable à des sujets d’études. Personne, jusqu’ici, n’a donné autant que lui, et personne, assurément, ne fera mieux. (…)

En présence d’un travail si précieux, si complet, si bien entendu, nous ne comprendrions pas que le gouvernement restât impassible. »[76]

 

            Le gouvernement ne met pas beaucoup de temps à réagir : « M. Maxime du Camp, un des plus spirituels et des plus vifs écrivains de la jeune pléiade littéraire, et auquel on doit une remarquable suite de dessins de dessins photographiques sur l’Egypte, la Syrie et la Nubie, obtenus au milieu des fatigues, des dangers et des difficultés sans nombre d’un voyage long et pénible, a été nommé officier de la Légion-d’Honneur. M. du Camp entre dans sa trentième année. »[77] Il faut noter que dès son retour en France, le ministère de l’Instruction publique s’intéresse au succès photographique du jeune homme : « aujourd’hui on m’a demandé au ministère un rapport sur l’utilité des missions et le devis d’un voyage dans l’ancien monde par une société de photographes : je vais leur faire cela, ils en auront pour leur argent. »[78] Le « vif écrivain » devient dès 1852 une référence photographique ; Nicolas-Marie Paymal Lerebours l’évoque au même rang que Gustave Le Gray, Henri le Secq et Olivier Mestral.[79]

Dès lors, Maxime du Camp utilise son album à la manière d’une carte de visite : « je connaissais le comte de Morny, je lui avais montré la collection des épreuves photographiques que j’avais faites en Egypte, en Nubie, en Palestine et en Syrie. C’était alors un objet de curiosité, car nul avant moi n’avait relevé à l’objectif les monuments du Caire, les temples écroulés sur les bords du Nil, les différents aspects de Jérusalem et les ruines de Baalbeck. »[80] Louis de Cormenin lui dédie un article tout aussi élogieux que celui de Francis Wey, et dont un passage reflète bien la réalité du terrain si l’on fait abstraction du ton très emphatique : « soutenu par ce courage intelligent que rien ne peut ébranler, ni les mécomptes, ni les difficultés, ni les fatigues, ni l’inexpérience, ni l’incommodité d’une insupportable chaleur, ignorant les procédés à sec, qui n’étaient point encore connus, il a dû travailler sous une toile, exposé à une température torride, sans aide et sans direction, laver les épreuves, préparer les plaques, corriger lui-même ses erreurs, recommencer vingt fois, tâtonner, découvrir, et placé dans des directions pénibles, isolé de tout renseignement, être à la fois son maître, son élève et son conseil. »[81]

            Enfin, le célèbre texte d’Ernest Lacan sur les applications de la photographie parachève le couronnement de l’œuvre de Maxime du Camp : « ouvrez cet album : vous aimez le soleil, la poésie des souvenirs ? Voici le Nil, avec son sable tout jonché de ruines, ses rives désolées, son ciel de feu ; (…) voici les monuments d’Ipsamboul, le temple de Philoe, les propylées de Médinet-Habou à Thèbes : prenez une loupe, et vous lirez les inscriptions que des générations éteintes depuis des milliers d’années ont laissées sur ces monuments, comme pour défier la science à travers les siècles. C’est l’Egypte, la Palestine, la Nubie que vous avez sous les yeux, et qui viennent, comme dans un conte fantastique, poser sous votre regard. C’est M. Maxime du Camp ou M. Thénard qui sont les magiciens. »[82] La prophétie de Gustave Flaubert en Egypte s’est donc réalisée : « le jeune du Camp est parti faire une épreuve – il réussit assez bien – nous aurons je crois un album gentil – … »[83]

 

            Quant aux rares critiques défavorables, elles viennent principalement en réaction aux très nombreuses louanges, ou sont issues de considérations esthétiques : « les détails de ces ruines sont rendus avec une grande beauté, et l’effet des épreuves est très-satisfaisant. Il y a cependant, à notre avis, un défaut que l’on pourrait éviter. Le ton gris de ces épreuves, quoique très-beau, les fait ressembler trop à des lithographies, et nous lui préférons la chaude couleur de sépia, que nous avons admirée dans d’autres œuvres. »[84] Si l’abbé Moigno qualifie l’album de Maxime du Camp de « brillante publication, archéologique à la fois et daguerrienne, pittoresque tout ensemble et savante »[85], il regrette que les images ne soient qu’en deux dimensions : « quel malheur que le stéréoscope dont la découverte date cependant de 1838 fût complètement ignoré quand M. Maxime du Camp explorait la Nubie, l’Egypte et la Syrie avec son daguerréotype. Ces sculptures informes et sèches en projection ou dans une représentation plate, produiraient un effet imposant et grandiose si elles se montraient avec leurs reliefs et leurs creux. Et cette cataracte désolée, comme elle serait saisissante si chacune des énormes roches qui roulent sur son lit se dressait devant l’œil du spectateur ! Nous ne savons pas si MM. Du Camp, Gide et Baudry ont eu la pensée de faire reproduire sur verre albuminé les photographies de leur collection, pour les montrer agrandies par les procédés de la fantasmagorie et des dissolving-views. »[86]

Par ailleurs, Sylvie Abenas rapporte une description satirique de l’album de Maxime du Camp : « la première planche représente un palmier, c’est la haute Egypte ; une seconde, deux cailloux, c’est la Nubie ; une troisième, trois pierres de taille en rang d’oignons, c’est Thèbes ; une quatrième, rien ; et partout cette même atmosphère de machine pneumatique, ce même ciel gris de Hollande. Et c’est cela l’Orient, ce pays aux mystérieux entassements de colosses, de tombes et de temples écroulés, se détachant sur l’azur, aux solitudes infinies sous le soleil ardent. »[87] Cette destruction de l’imaginaire par la photographie, Jean-Claude Simoën l’évoque d’ailleurs en écrivant : « la magie de la nouvelle invention est telle qu’il faudra un certain temps pour observer que la réalité fixée sur le papier sensible a beaucoup perdu de son charme. »[88]  

 



[1] Le talent littéraire de Maxime du Camp n’égale pas celui de Gustave Flaubert. Henri Lemaître, évoquant du Camp sur un plan littéraire, note : « disons d’un mot que Maxime du Camp n’a souvent pas très bonne réputation. » Maxime du Camp, Souvenirs littéraires de Maxime du Camp 1822-1894, op. cit., p. 7.

[2] Maurice Ezran, op. cit., p. 158.

[3] Maxime du Camp, Lettres inédites à Gustave Flaubert, Bonaccorso Giovanni Editions, Messina, 1978, p. 108.

[4] Notons à ce sujet que l’itinéraire primitif du voyage, élaboré et fait imprimé par du Camp, sera remanié en cours de route, les deux hommes passant beaucoup plus de temps en Egypte et dépensant donc plus d’argent. Antoine Naaman, Les débuts de Gustave Flaubert et sa technique de la description, A. G. Nizet, Paris, 1962, p. 69.

[5] Maxime du Camp lit notamment Sur les ruines de Babylone de Sainte-Foix, Observations historiques et critiques sur le Mahométisme par G. Sale, Abrégé de géographie de Prisse d’Avennes, sans oublier le Koran. Lire Antoine Naaman, Les lettres d’Egypte de Gustave Flaubert, op. cit., p. 17.

[6] Les manuscrits de Maxime du Camp se trouve à la bibliothèque de l’Institut de France. Ils proviennent de la donation du 7 mai 1883 à Paris, du 17 octobre 1883 à Bade, du testament du 2 juin 1889 et du codicille du 7 décembre 1890. Concernant les voyages en Orient, en Grèce et en Italie de Maxime du Camp, les cotes des manuscrits sont Mss 3720 et 3721. Pour les ouvrages lus par Maxime du Camp pour préparer son voyage, lire Mss 3720, p. 375.

[7] Michel Dewachter, Daniel Oster, Un voyageur en Egypte en 1850. „Le Nil“ de Maxime Du Camp, Sand/Conti, Paris, 1987, p. 11.

[8] Maxime du Camp, Souvenirs littéraires de Maxime du Camp 1822-1894, op. cit., p. 105.

[9] « Je suis parti en octobre 1849, après avoir pris quelques leçons chez M. Gustave Le Gray ; j’emportai du papier préparé d’après la méthode qu’il suivait alors. » Maxime du Camp, La Lumière, 28 août 1852, p. 144.

[10] « Vendredi matin j’ai attrapé au Bazar du Voyage un gros rhume (…) ». Maxime du Camp, Lettres inédites à Gustave Flaubert, lettre du 15 octobre 1849, op. cit., p. 152.

[11] Ibid., lettre du 15 octobre 1849, p. 152. Nous avons conservé la ponctuation et l’orthographe utilisés dans l’ouvrage.

[12] « Mon objectif était un objectif simple de Lerebours. Mes appareils en acajou étuve étaient solidifiés par des baguettes en cuivre. » Maxime du Camp, La Lumière, op. cit., p. 144. Cette seconde phrase indique que le photographe est parti avec plusieurs chambres, contrairement à ce qu’il écrit dans sa lettre à Flaubert du 15 octobre 1849, mais ce que confirme une lettre de Flaubert quand l’écrivain évoque la vente des appareils à Beyrouth.

[13] Maxime du Camp, Le Nil, op. cit., p. 87.

[14] Claire Bustarret, op. cit., annexes, p. 108.

[15] Gustave Flaubert, carnet de voyage n°4, 100 sur 160 mm, 82 feuillets, 1849-1850, p. 80-82, fonds Flaubert de la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Tous les termes notés ci-dessus ont été clairement identifiés sur le manuscrit original.

[16] Maxime du Camp, Souvenirs littéraires de Maxime du Camp 1822-1894, op. cit., p. 115.

[17] Claire Bustarret, op. cit., annexes, p. 225.

[18] Maxime du Camp, « Rapport de la commission nommée par l’Académie des Inscriptions pour rédiger les instructions du voyage de M. Maxime du Camp, Institut de France, Académie des Inscriptions et belles-lettres », extrait du procès-verbal de la séance du 7 octobre 1849, Mss 3720, vol. 1-9, p. 19.

[19] Michel Dewachter, Daniel Oster, op. cit., p. 16.

[20] Gustave Flaubert, Voyage en Egypte, édition intégrale du manuscrit original établie et présentée par Pierre-Marc de Biasi, Grasset, Paris, 1991, p. 54.

[21] Gustave Flaubert, carnet de voyage n°4, op. cit., p. 5.

[22] Ibid., p. 7-8.

[23] « …le triste état du bateau (…) la chaudière filant de tous les côtés (…) » Ibid., p. 8.

[24] Maxime du Camp, Souvenirs littéraires de Maxime du Camp 1822-1894, op. cit., p. 117.

[25] Ibid., p. 141.

[26] Ibid., p. 105.

[27] « Opéré le matin. » Maxime du Camp, 9 décembre 1849, Basse Egypte, Mss 3721, p. 4. 

[28] Ibid., 10 décembre 1849, p. 4. La ponctuation n’a pas été respectée.

[29] Ibid., 24 mars 1850, p. 13.

[30] Ibid., 25 mars 1850, p. 14.

[31] Gustave Flaubert, 16ème lettre à sa mère, 3 mai 1850, cité par Marie-Thérèse et André Jammes, op. cit., p. 10.

[32] Pour la chronologie du voyage et le rythme de prise de vue, voir Claire Bustarret, « Carte des sites photographiés à l’aller et au retour (Egypte et Nubie), d’après la numérotation chronologique de la collection complète de la Bibliothèque de l’Institut », annexes, op. cit., p. 163.

[33] Gustave Flaubert, 1ère lettre à Louis Bouilhet, 1er décembre 1849, in Antoine Naaman, op. cit., p. 154.

[34] Gustave Flaubert, carnet de voyage n°4, op. cit., p. 9.

[35] Maxime du Camp, Le Nil, op. cit., p. 87.

[36] Gustave Flaubert, 1ère lettre à sa mère, 17 novembre 1849, op. cit., p. 128-136.

[37] Maxime du Camp, op. cit., p. 295.

[38] Bodo von Dewitz, Karin Schuller-Procopovici, Die Reise zum Nil 1849-1850 Maxime du Camp und Gustave Flaubert in Ägypten, Palästina und Syrien, Steidl, Köln, 1997, p. 39.

[39] Maxime sensibilise son négatif sur papier sous la tente.

[40] Le négatif est amené de la tente à la chambre, plaqué contre une glace en verre humidifiée, l’ensemble protégé du soleil par un voile.

[41] Maxime choisit le cadre de l’image sur le dépoli de la chambre photographique.

[42] Maxime met au point l’image, en se protégeant de la lumière avec un voile noir.

[43] Maxime lance l’exposition du négatif, en ôtant le bouchon de l’objectif. Gustave Flaubert, in Jean-Marie Carré, Voyageurs et écrivains français en Egypte, tome 2, IFAO du Caire, 1932, p. 122. Cette parodie est publiée la première fois dans Le Manuscrit autographe, Blaizot, 1928, n°15.

[44] Gustave Flaubert, carnet de voyage n°4, op. cit., p. 28.

[45] Gustave Flaubert s’est appuyé sur ses carnets de voyage pour rédiger au cours de l’été 1851 à Croisset le manuscrit du Voyage en Egypte, qui n’a jamais été publié de son vivant. Sa nièce publie une version expurgée en 1910, dans les Œuvres complètes de l’édition Conard à Paris. En 1991, Pierre-Marc de Biasi édite la version intégrale du manuscrit original du Voyage en Egypte (Grasset, Paris).

[46] Bibliothèque de l’Institut, rés. Fol. NS 754. Nous indiquons au passage le cliché 65, représentant la Maison de France à Karnak. Cette photographie est importante car elle n’est pas publiée en 1852 dans l’album officiel de Gide et Baudry ; elle constitue donc l’une des rares représentations de ce célèbre bâtiment imbriqué dans les ruines, composé comme on peut le voir d’une série de pièces empilées les unes sur les autres sans un ordre apparent.

[47] Gustave Flaubert, carnet de voyage n°4, op. cit., p. 57.

[48] Gustave Flaubert, carnet de voyage n°5, op. cit., p. 11.

[49] Ibid., p. 11-12.

[50] Michel Dewachter, Daniel Oster, op. cit., p. 23.

[51] Gustave Flaubert, Lettres d’Orient, l’Horizon chimérique, Bordeaux, 1990, p. 236.

[52] Né en 1810, il tente sans succès de faire fortune avec ses daguerréotypes à Constantinople en 1840. En 1848, il dirige la poste française à Beyrouth. Lire « Louis Vignes and Henry Sauvaire, photographers on the expeditions of the Duc de Luynes », History of photography, vol. 14, n°3, juillet-septembre 1990, p. 239.

[53] Nir Yeshayahu, op. cit., p. 53.

[54] Maxime du Camp, La Lumière, 28 août 1852, p. 144.

[55] Gustave Le Gray, Traité pratique de photographie sur papier et sur verre, Baillère, Paris, 1850.

[56] Gustave Le Gray, Nouveau traité théorique et pratique de photographie sur papier et sur verre, contenant les publications antérieures et une nouvelle méthode pour opérer sur un papier sec restant sensible huit à dix jours, Lerebours et Secretan, Paris, juillet 1851.

[57] Nous rappelons qu’il est extrêmement difficile voire impossible de déterminer à l’aide d’un examen si un négatif sur papier, sur lequel on observe une couche de cire, a été ciré avant sensibilisation ou après exposition et développement. En effet, la majorité des calotypes du XIXe que nous conservons encore aujourd’hui ont subi un cirage.

[58] Louis-Désiré Blanquart-Evrard, Traité de photographie sur papier, librairie encyclopédique Roret, Paris, 1851.

[59] Le Gray et Blanquart-Evrard conseille d’intercaler entre le dos du négatif et la plaque de verre externe plusieurs feuilles de papier humidifiées à l’eau distillée, afin que la feuille négative s’y fixe naturellement. Dans ce cas, les glaces doivent être d’une propreté maximale. A ce sujet, lire Nicolas Le Guern, op. cit., p. 20.

[60] Gustave Flaubert, 7ème lettre à sa mère, 3 février 1850, op. cit., p. 263.

[61] Maxime du Camp, Le Nil, op. cit., p. 92.

[62] Gustave Flaubert, 5ème lettre à sa mère, 5 janvier 1850, op. cit., p. 212.

[63] Claire Bustarret, op. cit., annexes, p. 142. Pour notre étude, la chronologie des prises de vue établie d’après la collection de positifs par Claire Bustarret nous a été très précieuse (p. 147-148).

[64] Ce flou est-il dû au déplacement de la chambre photographique à cause du vent ?

[65] Normand tire notamment une Vue prise de la seconde cataracte au format panoramique. Collection panoramas Bonnemaison. Photographies 1850-1950, catalogue de l’exposition à l’espace Van Gogh à Arles du 3 juillet au 3 septembre 1989, Actes Sud, Arles, 1989, p. 51 et 183. D’après l’index du catalogue, l’idée du panoramique est issue de la rencontre à Thèbes du colonel Langlois, récent retraité parti en Egypte pour réaliser l’étude préparatoire d’une grande fresque panoramique sur la bataille des Pyramides. Voir : Collectif, Un peintre de l'épopée napoléonienne. Le colonel Langlois 1789-1870, catalogue de l'exposition de la bibliothèque Marmottan à Paris du 11 octobre 2000 au 24 février 2001, Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2000, p. 53. Il semble par ailleurs que le colonel s’aide d’une chambre noire pour réaliser le dessin de la perspective du temple de Khonsou à Karnak. Ibid., p. 59.

[66] Même s’il emporte du « papier positif », aucune source n’indique que Maxime du Camp a réalisé des tirages en Egypte. On ne trouve d’ailleurs pas trace d’un châssis contact dans ses bagages.

[67] Le travail de création de l’album publié a été étudié par Claire Bustarret. Pour les autres albums réalisés depuis les négatifs sur papier de Maxime du Camp, voir Michel Dewachter, Daniel Oster, op. cit., p. 28.

[68] Nissan Perez, op. cit., p. 211. Michel Dewachter, Daniel Oster, op. cit., p. 18. Il s’agit d’une vue de la grande pyramide, du Caire et de Thèbes.

[69] Maxime du Camp, Lettres inédites à Gustave Flaubert, 25 mai 1851, op. cit., p. 162. Cet extrait nous rappelle la phrase critique de Jean-Marie Carré : « évidemment Maxime du Camp qui veut être décoré, à son retour, pour les résultats de sa mission, est un opportuniste qui sait manœuvrer, flatter l’homme qu’il faut au moment qu’il faut. » Op. cit., p. 125.

[70] La méthode de tirage utilisée à l’imprimerie photographique de Blanquart-Evrard est détaillée de la manière la plus précise et la plus technique dans un article d’Andreas Kesberger, « Mixturen, Mühen, Leidenschaften. Zur Technik der Photographien von Maxime Du Camp », in Bodo von Dewitz, Karin Schuller-Procopovici, Die Reise zum Nil 1849-1850 Maxime du Camp und Gustave Flaubert in Ägypten, Palästina und Syrien, Steidl, Köln, 1997, p. 209.

[71] Au début des années 1850, le « daguerréotype » est un terme général qui désigne également la photographie sur papier. Les premiers photographes parlent parfois improprement de « daguerréotype sur papier ».

[72] Livraison spécimen de Egypte, Nubie, Palestine et Syrie, Gide et Baudry, Paris, 1852, bibliothèque de l’Institut, F° Z 129H.

[73] Louis-Auguste Martin, La Lumière, 25 mai 1851, p. 63.

[74] Ibid., 15 juin 1851, p. 74.

[75] La Lumière, 6 juillet 0851, p. 86. Maxime du Camp envoie d’ailleurs cette lettre le 24 juin 1851 à Gustave Flaubert : « rien de nouveau. Je recopie mes notes d’Egypte ; ma photographie se tire, Salvator moule, et je vais faire lithographier et publier le tombeau de Gournah (…) » Maxime du Camp, op. cit., p. 162.

[76] Francis Wey, La Lumière, 14 septembre 1851, p. 126-127. Le 21 mai 1869, Blanquart-Evrard cite dans son discours « La photographie, ses origines, ses transformations » à la Société impériale des sciences, de l’agriculture et des arts de Lille un autre article de Francis Wey sur Maxime du Camp. Voir Le moniteur de la photographie, 15 janvier 1870, 9ème année, p. 166.

[77] La Lumière, 22 janvier 1853, p. 14. Le photographe est nommé officier de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur le 1er janvier 1853. Le 27 octobre 1852, il reçoit également une médaille d’or de la part de l’Académie des arts et métiers, industries et belles-lettres de Paris. Michel Dewachter, Daniel Oster, op. cit., p. 27.

[78] Maxime du Camp, op. cit., p. 176. Cité par Claire Bustarret, op. cit., p. 192.

[79] Lerebours, La Lumière, 3 avril 1852, p. 58.

[80] Maxime du Camp, Souvenirs littéraires, op. cit., p. 177.

[81] Louis de Cormenin, « Egypte, Nubie, Palestine et Syrie, dessins photographiques par Maxime du Camp », La Lumière, 12 juin 1852, 26 juin 1852, p. 98 et 105.

[82] « De la photographie et de ses diverses applications aux beaux-arts et aux sciences », La Lumière, 20 janvier 1855, p. 11.

[83] Gustave Flaubert, 3ème lettre à Louis Bouilhet, 13 mars 1850, op. cit., p. 327.

[84] La Lumière, 22 janvier 1853, p. 15.

[85] François Moigno, « Photographie. Nouvelles », Cosmos, revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences (…), 6 juin 1852, Paris, p. 123.

[86] Ibid.

[87] Marcellin, « A bas la photographie », Le Journal amusant, n°36, 6 septembre 1856, p. 1-5. Cité par Sylvie Aubenas, op. cit., p. 22.

[88] Jean-Claude Simoën, Le voyage en Egypte, Jean-Claude Lattès, Paris, seconde édition, 1993, p. 45.